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La dette publique du Japon suit une trajectoire dangereuse

Source : Le Monde.fr

La banque centrale du Japon a annoncé, jeudi 21 novembre, qu'elle maintenait ses achats massifs de dette publique, à hauteur de 50 000 milliards de Yen (370 milliards d'euros) par an. Et cela, alors que l'endettement de l'archipel atteint un niveau inquiétant. Audrey Gasteuil-Rougier, économiste à la Société Générale, publie aujourd'hui une étude sur le sujet. Elle la commente pour "Le Monde", assurant que le gouvernement japonais "doit agir pour rendre la trajectoire de la dette à nouveau soutenable".

La dette publique japonaise dépasse aujourd'hui 220 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. A partir de quand ne sera-t-elle plus tenable ?

Il n'existe pas à proprement parler de seuil à partir duquel le pays ne pourrait plus payer sa dette, mais une chose est sûre : à moyen-long terme, la trajectoire actuelle n'est pas tenable.

Depuis 1994, la dette publique brute a augmenté à un rythme annuel de 6 %, dépassant de loin la faible croissance du PIB, qui a été de +0,4 % par an en valeur et en moyenne jusqu'en 2007, et négative depuis.

Or, la croissance potentielle de l'archipel devrait fléchir encore dans les années à venir, à cause du vieillissement de la population.

Cela va poser des défis redoutables, car non seulement la baisse de la population active pèsera sur l'activité, mais en plus, les ménages retraités ont plus tendance que les jeunes à piocher dans leur épargne pour financer leur consommation ou leurs dépenses de santé et dépendance.

Cela signifie-t-il que les ménages japonais détiendront à l'avenir moins d'obligations souveraines nationales ?

On peut le craindre. En effet, si le coût de financement de l'Etat japonais est resté jusqu'ici très stable à un bas niveau, c'est précisément parce que sa dette était détenue pour sa quasi-totalité par les résidents. Cette part est déjà passée de 96 % en 2005 à 92 % en juin 2013.

La dette est donc, de ce fait, peu soumise à la volatilité qu'entraîne une plus grande détention par des investisseurs étrangers.

En outre, la Banque centrale du Japon, qui détient déjà aujourd'hui près de 15 % de l'encours total, devrait quasiment doubler sa détention d'ici à fin 2014.

Les investisseurs de l'archipel risquent-ils de se détourner de la dette de leur pays ?

C'est en effet un risque. Le changement de cap progressif de la politique monétaire des États-Unis courant 2014 devrait entraîner une hausse des taux longs américains.

Attirés par ces rendements plus élevés, une partie des investisseurs nippons pourrait alors se détourner de la dette de leur pays pour placer leur argent sur des actifs plus rémunérateurs.

Dans le pire des scénarios, cela pourrait déclencher une hausse des coûts auxquels le Japon se finance, voire, un effet boule de neige, avec un emballement de l'endettement que le gouvernement ne pourrait plus maîtriser.

Que peut faire le gouvernement japonais pour éviter ce scénario catastrophe ?

Il doit agir pour rendre la trajectoire de la dette à nouveau soutenable. Cela passera d'abord par une sérieuse consolidation budgétaire.

Le premier ministre Shinzo Abe a comme objectif de dégager un excédent public primaire (hors charges d'intérêts) dès 2020, notamment grâce à la hausse de la taxe sur la consommation en vigueur dès l'année prochaine.

Pour que l'objectif soit atteint, il faudrait également réduire les dépenses publiques d'une façon ou d'une autre. Mais le gouvernement n'a encore rien annoncé de concret en la matière.

La maîtrise de la dette passera également par une série de réformes structurelles permettant de relever la croissance potentielle de l'archipel.

Par exemple, favoriser l'entrée des femmes sur le marché du travail en développant les infrastructures d'accueil de la petite enfance.

A plus court terme, il faudrait aussi inciter les entreprises à moins épargner et à distribuer davantage de salaires. Mais là aussi, les mesures concrètes du gouvernement se font encore attendre.

Marie Charrel

Tag(s) : #Dettes publiques

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